Valeur et Pérennité

La yourte est-elle un objet consommable qui se dévalue dans le temps?

Ou a-t-elle, comme tout immeuble, une valeur intrinsèque stable dans le temps?

Certes la yourte est un objet, elle est légère, démontable, «mobile» et non «immobile». Nous sommes donc spontanément portés à la ranger dans la catégorie des objets consommables qui se dévaluent. Dépenser 20 000 euros pour une yourte, c’est donc pour les riches, se disent beaucoup de personnes. Beaucoup de préjugés circulent dans les discussions et dans nos têtes : on s’imagine la yourte comme un objet fait de matériaux périssables qui va tomber en lambeau, fuir lorsqu’il pleut, et qu’il faudra un jour jeter à la benne. Lorsque nous avons créé l’entreprise Couleur Yourte, nous avons croisé des élus qui avaient une perception très négative de notre projet : « les yourtes, à oui je connais quelqu’un qui en avait une, elle a pourri sur place, elle n’a duré que 3 ans ». Evidemment nous nous sommes donné la peine d’expliquer à cet élu qu’une yourte, comme une maison, ne se détériore pas à condition qu’on la soigne, qu’on l’entretienne. La yourte en question, je l’ai su plus tard, n’avait vu que sa toile partir en lambeau parce qu’elle n’était pas faite pour supporter notre climat humide ; sa structure a été abîmée par les fuites d’eau, mais elle serait toujours récupérable si son propriétaire la sortait de la grange où il l’a stockée.

Là où nous voulons en venir, c’est que selon nos catégories mentales et sociétales, la yourte ne rentre pas dans celle de « l’immeuble », mais elle a pourtant tout ce qu’il faut pour dépasser « l’immeuble » dans sa capacité à préserver sa valeur. Faisons un petit comparatif :

  • si une yourte est entretenue, c’est à dire si on lui épargne les fuites d’eau, sa structure peut durer des siècles. C’est du bois : eh bien la seule chose qui peut détruire le bois c’est le feu, les champignons s’il y a humidité, et les insectes. Le feu détruit également les maisons en dur, l’humidité et les champignons également, il ne reste que les insectes, et notamment les termites ; très bien, disons que les termites sont le point faible de la yourte, comme ils le sont des maisons en bois. (Nous avons dans l’idée que les termites préfèrent les structures massives, et nous n’avons jamais entendu parlé de yourtes qui se seraient effondrées par l’action des termites.). Ajoutons pour être honnête que la yourte craint les ouragans plus qu’un édifice en dur. Quoique! il est peut être moins coûteux en énergie de démonter sa yourte (le plus long étant de débarrasser ce qu’elle contient) que de refaire un toit de maison qui s’est envolé.
  • Si une yourte fuit, elle pourri. Et alors? si une maison fuit, elle pourri aussi. Laissez une maison sans toit pendant 10 ans, elle sera bonne à abattre. Si vous ne chauffer pas une yourte pendant plusieurs hivers, elle pourri. Une maison aussi.
  • En fait le principe de non dévaluation d’une maison ne tient qu’à condition que la dite maison soit entretenue un minimum. Mais c’est tellement évident qu’on y pense pas. Pour la yourte, on exigerait d’elle qu’elle soit indestructible sans avoir besoin de l’entretenir ! eh puis quoi encore!
  • En résumé, tant que la toile extérieure d’une yourte ou le pare-pluie qu’elle recouvre font leur travail d’étanchéité, tant que les menuiseries sont régulièrement protégées, une yourte a de forte chance de durer aussi longtemps qu’une maison, et quand on voit comment sont faites certaines maisons aujourd’hui, nous pouvons même affirmer que la yourte a un certain avantage en terme de durabilité.
  • « Oui mais il faut changer la toile tous les 5 à 10 ans et ça coûte cher. » nous répondrez-vous !  Non, non et non : le toit d’une maison doit aussi être changé, et il coûte beaucoup plus cher. Ce changement de couverture peut être retardé si elle dispose d’un bon pare-pluie, ce qui est valable autant pour une maison que pour une yourte. Si on fait un calcul proportionnel, oui il faut changer la toile d’une yourte plus souvent que la couverture d’une maison, mais proportionnellement à leur prix d’achat la dépense est la même : soyons économe, si notre toile de yourte commence à percer, nous réinvestissons dans un pare-pluie qui ne coûte que 150 euros pour la faire durer 10 ans. Si nous faisions de même avec une maison, nous tiendrions disons 60 ans (c’est une moyenne). Admettons que notre toile de yourte coûte 3500€, cela nous fait 3500×6= 21000 € en 60 ans. C’est à peu près le prix que vous pourriez payer la couverture de votre maison. Par contre pour tout le reste : prix d’achat et d’entretient hors couverture, la yourte revient beaucoup moins cher. A noter que si vous voulez changer le pare-pluie d’une maison, il faut refaire toute la couverture. Sur une yourte il suffit de 5 minutes pour la déshabiller.
  • La maison est un gouffre financier, pas la yourte. Si vous avez vécu en maison, vous le savez : c’est un gouffre potentiel pour le propriétaire. Si la valeur foncière de la maison ne baisse pas tant qu’un minimum d’entretient est assuré, notre besoin par contre de parfaire la qualité de notre habitat nous pousse à faire toujours plus de dépenses. Avoir une belle salle de bain, toute la déco à refaire, les meubles pour remplir l’espace déprimant lorsqu’il est vide, le chauffage, les réseaux entrant et sortants (eaux, électricité, gaz, branchements, réparations, fuites etc…). La maison est un nid à problèmes qui nous oblige à faire intervenir des professionnels ou a donner beaucoup de notre temps.
  • De plus la yourte est délocalisable, pas la maison. C’est ce qui la dévalue à l’aulne de nos préjugés alors que c’est ce qui fait au contraire sa valeur et son avantage. Si un immeuble de 15 étages ou un poulailler industriel se construits non loin de votre maison, elle perd sa valeur. Vous ne pouvez pas démonter votre maison en brique et la remonter ailleurs. Pour partir vous devez la revendre avec pertes et racheter ailleurs où la même chose peut vous arriver. Une yourte n’a pas cet inconvénient : elle a une valeur intrinsèque et son environnement peut en théorie être choisi. Le seul obstacle à cela est la législation, c’est à dire notre mentalité collective.
  • Enfin ce qui nous fait à tort penser que la yourte se dévalue comme un objet de consommation, c’est la façon exagérée dont, en bon matérialiste, nous conférons de la valeur à ce qui est dur, épais et lourd, ce qui est un point de vue relativement illusoire. Comme dans le film « la guerre des mondes » où une simple bactérie anéantie des envahisseurs apparemment tout puissants, une bonne mérule peut anéantir tout un quartier. Le chêne est à la maison ce que le roseau est à la yourte. Par ailleurs nous savons tous que des meubles correctement entretenus durent des siècles.

En résumé : soyons juste, la comparaison maison/yourte a ses limites puisque les deux options n’offrent pas du tout le même mode de vie. Mais le fait est que la yourte est un espace vaste, qui peut être chauffé, qui est démontable et délocalisable (donc qui peut renouveler son environnement), et qui est durable. Si vous avez compris qu’elle a besoin de soins minimes mais permanents et que vous transmettez cette valeur avec la yourte, alors vos arrières petits enfants s’en serviront. Nous affirmons donc que la yourte, bien que ne rentrant pas dans la catégorie des « immeubles », est un très bon investissement financier à condition qu’on ne la traite pas comme un objet jetable.

Concernant la valeur d’une yourte d’occasion, il faut considérer son usure. Si elle a été bien conçue et bien entretenue, les seules parties de la yourte qui seront usées sont les toiles intérieures et extérieures, mais surtout la toile extérieures qui supporte toutes les agressions du soleil et de la pluie. Considérez que même si la structure a subi des dégâts à cause d’un mauvais entretient, chaque partie de cette structure est démontable, réparable ou remplaçable à moindre coût.